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Mercredi 30 avril 2008

par Mekaret Moon

Une nuit d'insomnie, des nausées et vomissements ce matin. Une nouvelle rechute. Je pleure dans les bras de mon compagnon, me demandant si un jour j'arriverai enfin à travailler régulièrement comme tout le monde.
J'avais appelé pour dire que je ne serai au travail qu'à midi, cela tombait assez mal...

Les yeux fatiguées, devant mon écran, j'entends mon portable qui vibre. Je doute puis je regarde et vois ma belle-soeur qui a tenté de me joindre. Sachant qu'elle va mal ces jours-ci, je la rappelle et elle m'apprend le décès de ma grand-mère maternelle.

Encore un nouveau décès. Est-ce que la petite fille en moi ouvre les yeux sur ce monde ?

Triste ? Non, surtout pour ma mère. J'avoue ne pleurer que pour ceux que j'aime, pour ceux dont le coeur et l'âme m'ont touché. Ma grand-mère, je suis partie en 1993 et elle a décrété que les enfants de son fils étaient mieux que ceux de sa fille. J'ai été blessé dans ce rejet, comme si elle avait rejeté sa fille (ma mère) et tout ce qui allait avec....

Ce jour où je suis partie avec mon frère, j'ai vu ma grand-mère triste, émue finalement et mon frère m'a dit:
" tu sais, elle se fait vieille, elle ne sait pas si elle te reverra un jour "

Je comprenais mais je savais que je ne la reverrai pas et aussi le reste de ma famille en Algérie. Je n'y ai pas retrouvé mes racines, juste ma souffrance. La famille de mon père m'avait accueillie les bras ouverts mais toujours un peu comme une étrangère dont la vie devait être bien plus belle que la leur... La famille de ma mère n'ont pas été très gentils... Un cousin m'a même ri au nez, me disant que je suis certainement folle (à enfermer dans un asile en gros).

Là, c'est pour ma mère que je suis triste. Elle est en larmes, elle n'a pu voir sa mère, elle l'a juste au téléphone aujourd'hui avant qu'elle ne meurt.

Ma mère m'a dit: " j'ai eu beau dire que je ne la pleurerai pas, aujourd'hui je suis en larmes "

Pourtant, ma grand-mère n'a pas été vraiment une mère pour ma propre mère. Ma mère a eu 57 ans hier et elle attendait désespérément qu'elle soit reconnue et enfin aimée par sa mère. Ce ne fut jamais le cas. Même lors de ses derniers voyages en Algérie, ma grand-mère continuait à la dénigrer.
Cette souffrance, ma mère en parle très peu et pourtant ça m'a ému un jour, au point que j'en pleurais parce que je réalisais que c'était la petite fille dans ma mère qui parlait.

C'est pour cela que j'ai tenté, comme j'ai pu et en fonction de mes forces, de restaurer une certaine relation avec ma mère, que je n'ai pas totalement coupé les ponts.
Je sais que la souffrance suit son cours de génération en génération.

Je ne sais pas quoi dire d'autre sauf que ça m'affecte, que je trouve les temps troubles en ce moment pour moi et pour ma famille.

Tout n'est pas rose non plus dans la vie de mon frère. Au son de sa voix, je sais dans quel état il se sent. Je disais que mon frère réussissait sa vie mieux que moi mais les dernières discussions que j'ai eu avec ma soeur m'ont appris l'inverse.

Comme moi, il fait face à ses propres souffrances, qu'il reconnait pas vraiment d'ailleurs mais c'est son caractère, sa façon de réagir.

Tout comme moi, il est davantage affecté par l'état de tristesse de ma mère. En ce moment, on lui cherche des billets d'avions pour qu'elle puisse rapidement se rendre en Algérie.

publié dans : De l'autre côté de la Lune
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