Bienvenu mon ami,

Bienvenu,

Que tu sois ami(e) ou visiteur, connu ou inconnue, soit le bienvenu dans mon antre.

Je suis folle, naïve, parfois innocente ou violente. Je te présente mon univers.

Partage mes pensées, révèle-moi les tiennes.

Ecoute et raconte-moi.

Nous avons tous un monde intérieur.

Retour à l'accueil
Lundi 22 octobre 2007

par Mekaret Moon
Tout s'est précipité ou alors les choses ont été trop vite pour qu'on comprenne, ou que je comprenne ce qu'il était en train d'arriver. Jusque là, je restais positive, je me disais que c'était le moment le plus difficile mais qu'elle allait s'en sortir, qu'elle allait survivre à ce cancer.

Quand j'allais dans certains endroits qui m'avaient plu, je me disais que je lui ferai découvrir, dès qu'elle ira mieux.

Parfois, je voyais un gillet ou un pull et je me disais que ça lui plairait. En fait, tout le temps, je gardais espoir. Espoir qu'elle guérisse, qu'elle s'en remette.


La dernière fois que je l'ai vu, elle était assise sur le fauteuil. Je ne savais que dire, que faire, tellement je me sentais impuissante dans une telle situation. Avant de partir, je me suis assise à côté d'elle et je lui ai souris. Comme à son habitude, elle m'a rendu mon sourire.
J'avais envie de prendre sa main et de l'embrasser, lui dire que je l'aime mais je n'ai pas osé. Je me suis dite qu'elle était fatiguée et qu'elle avait besoin de repos.

J'avais peur de voir, de sentir ce que je pressentais. J'entendais les mots de ma mère, qui me l'avait dit il y a quelques mois, mais je me disais que ma mère pouvait se tromper. Pourtant, je connais très bien ma mère, le ton qu'elle emploit lorsqu'elle entrevoit clairement l'avenir.
C'est rare qu'elle parle ainsi mais à chaque fois qu'elle m'avait dit une prédiction avec ce ton dans la voix, cela arrivait.

Malgré tout, elle pouvait se tromper. Et du moins, je m'en persuadais. Je ne savais pas comment réconforter Yaya. Il ne disait rien, assez rarement, je lisais parfois dans ses yeux toute son inquiètude mais comme nous tous, il était impuissant, se sentait impuissant. Personne ne savait que faire exactement.

Il y a tellement de lieux, de choses qu'on aurait pu découvrir. Et même au delà de ce voyage imaginé sur terre, c'était la vie quotidienne qui était la plus belle lorsqu'elle était là. Toujours souriante, elle était un pilier fondamental dans ce doux cocon qu'elle avait créé avec son mari. Ses enfants étaient heureux auprès d'elle, un lien très fort les rattachait tous ensembles. Et elle m'avait accepté dans cette maison, me disant un jour qu'elle était heureuse que la famille s'agrandisse.

Elle était toujours heureuse de la naissance d'un enfant, elle aimait la vie tout simplement.

Parfois, je me disais que si j'avais un jour des enfants, ce serait elle qui les garderait, je savais qu'elle les aimerait comme ses propres enfants, je savais que ça la rendrait heureuse d'être grand-mère.

Dans chacun de ses gestes quotidiens, il y avait un amour de la vie que je n'avais vu nulle part ailleurs.

J'aurais voulu la connaître beaucoup plus, j'ai le sentiment de ne pas avoir eu assez de temps avec elle. Même si dès le départ, je ressentais sa présence dans ma vie comme quelqu'un que je connaissais depuis longtemps.
A mes yeux, elle n'était pas ma belle-mère, ni une mère de subtitution, mais une amie. On avait les mêmes goûts, on aimait la même musique, elle me faisait découvrir des artistes que je ne connaissais pas. On aimait toutes les deux cuisiner. C'était d'ailleurs la première fois que je réussissais à cuisiner avec quelqu'un.
On se donnait des conseils, on s'échangeait des livres.

Et il y avait tellement de choses que je voulais partager avec elle.

Les choses ont été très vite et je n'ai pas vu les signes, je n'ai pas voulu les voir, je gardais espoir dans le futur.

Les medecins n'ont pas été assez clairs, ou pas assez francs. Ils parlaient de nodules dans l estomac en disant que ce n'était pas ça qui devait pourtant l'empêcher de manger etc... Mais elle n'arrivait plus à manger et elle perdait de plus en plus ses forces.
C'était comme un tournant. J'espèrais qu'à l'hôpital, ils allaient l'aider à retrouver des forces. Mais les choses ont été si rapides que je n'avais pas encore pu comprendre, jusqu'au moment où il m'a dit que ça se comptait en jour, qu'elle n'avait plus que quelques jours à vivre, que le cancer s'était généralisé et que c'était sans issu.

On est rentré, aussi vite qu'on a pu, se perdant sur les autoroutes hollandaises, cherchant à rejoindre Anvers pour enfin rejoindre la frontière française.

Sur la route, je me suis demandée pourquoi je n'avais pas pris sa main ce jour-là, pourquoi je n'avais pas osé lui dire que je l'aime, pourquoi je me suis retenue autant, pourquoi...

Encore une fois, je gardais espoir. Je me disais qu'on allait arriver à temps, qu'on allait pouvoir lui dire au revoir, qu'elle allait tenir le coup et qu'on pourrait l'embrasser et lui dire combien on l'aime.

Et puis sur la route, le bruit du téléphone que je ne voulais peut-être pas entendre. Un message sur le repondeur de yaya. A son regard, j'avais compris que c'était trop tard.

Je ne peux pas dire ce qu'il a ressenti, je l'ai juste vu dans ses yeux. Il est resté stoïc, regardant droit devant lui cette route qui n'en finissait plus. Je lui ai demandé de me pardonner.
Je savais que si on était parti, c'est parce qu'on avait espoir qu'elle vive encore longtemps.

Parfois, il faut abandonner ses propres désirs, ses propres peurs et oser voir la réalité, la vie telle qu'elle se présente dans le moment présent, écouter le monde, écouter les signes, les mots qu'ils nous disent pour savoir la chance qu'on a dans cet instant présent, avant qu'il ne soit trop tard.

Si je pouvais retourner en arrière, je lui dirai alors que je l'aime. Je sais ce qu'elle me répondra, elle me sourira et c'est cet instant qui est important. Ce moment-là.
J'aurai alors l'impression que toute la vie ne tient que dans cet instant, cet instant où les êtres du passé ne savent pas encore ce futur qui est mon présent. Et je verrai la maisonnée revivre dans la douceur de l'amour qui l'habite. Les enfants coureront, ils rieront, les plats seront en train de cuire tandis que le père regarde la télévision. Elle marchera de la cuisine au salon, avec cette petite musique qui l'accompagne habituellement. Elle leur dira qu'elle les aime. Et cet instant se fondera avec le tourbillon de leurs vies.

Je verrai cette petite maison avant que le sort ne s'abbatte dessus et je ne dirai rien, je partirai juste vers mon présent, avec le souvenir de ces moments.

nti_bug_fck
publié dans : De l'autre côté de la Lune
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
qu'est ce qu'un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus